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FORCE-OUVRIERE
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Emploi
POITOU CHARENTES
Allô Papa Tango Charpy…
Pour un besogneux faiseur de billet d’humeur comme moi, les déclarations délirantes de notre Directeur général sont toujours pain bénit.
Ses dernières interventions en date du 22 juillet ( RMC et Europe 1 ) ne dérogeant pas à la règle du surréalisme, je me frottais les mains par avance.
Autour de moi flottait le parfum délicieux et enivrant de la promesse d’une inspiration garantie et d’une rédaction rapide donc reposante.
En prenant la plume, j’imaginais déjà quel bénéfice je pourrais tirer du ramassis de bobards et de pensées crapoteuses développées sur les ondes par Christian Charpy.
Répondez, nous vous cherchons…
Malheureusement, à ma grande consternation, lorsqu’il s’est agi de vous livrer les analyses flamboyantes que m’avait inspiré la prestation affligeante d’icelui ( m’embêtez pas, c’est du vieux françois ), je me suis retrouvé aussi asséché que le puits d’offres d’emploi pérenne duquel un conseiller Pôle emploi est chargé de tirer l’eau du reclassement durable.
Asséché pour le moins…
Vidé, cramé, carbonisé, liquéfié, caramélisé, grand brûlé, lyophilisé…
Totalement creux et sec à l’heure de commenter l’intervention radiophonique de ce personnage falot visiblement mal à l’aise dans un costume trop grand pour lui, ce grand commis de l’Etat qui a la stature d’un petit commis épicier, cette marionnette pathétique dont les fils sont agités au dessus par les politiques et en dessous par ses conseillers proches.
Il a bien fallu que je me rende à l’évidence, notre Directeur général ne m’inspirait au fond que pitié, ce qui expliquait la mansuétude dont j’avais finalement envie de faire preuve à son égard.
Que l’on ne se méprenne pas, je n’éprouve aucune tendresse particulière pour un personnage qui partage avec son maître Laurent Wauquiez le goût douteux de multiplier les propos idiots du haut d’une connaissance que ne possèdent ni l’un ni l’autre.
« Celui qui ne sait pas est un simple ignorant.
Celui qui ne sait pas et pense savoir est un parfait imbécile.
Celui qui ne sait pas et affirme qu’il sait n’est qu’un sombre crétin. »
( disait Nietzsche après qu’il m’eût piqué la citation un soir de beuverie )
Un crétin dangereux lorsque la presse fait écho à ses propos décousus et ses arguments d’autorité.
Il me revient qu’une des premières fois où j’ai eu honte de notre Directeur général, c’était à l’occasion d’une interview accordée à un journaliste de Capital ( le magazine, pas l’émission ) le 2 février.
Il prétendait que « la fusion entre l’Anpe et les Assedic sera achevée à la fin de l’été » et que « les demandeurs d’emploi seront suivis par un référent unique qui les accompagnera pour l’indemnisation et tout le long du retour à l’emploi ».
J’avais hésité à l’époque à écrire au magazine pour prendre sa défense et m’excuser au nom de l’institution, lui dire qu’il ne fallait pas toujours croire ce que disent les personnes âgées et lui expliquer que ces dernières ont besoin de radoter un peu afin qu’on continue à leur attribuer de l’importance.
Le Nostradamus de la fusion « les doigts dans le nez et le dentier dans le verre à eau » se rend-il seulement compte qu’à ce jour rien de sérieux n’est encore organisé et que rien de ce qu’il a annoncé ne sera opérationnel avant de nombreuses années ?
A moins qu’il ne pense que la fusion est bouclée dès lors que l’on peut accrocher une pancarte « Site mixte Pôle emploi » sur la porte de chaque implantation…
Si c’est ça - et cela semble n’être que ça comme en témoigne le zèle servile de directeurs régionaux prêts à faire labelliser de simples étables - la fusion peut fort bien faire l’économie d’un Directeur général, un simple colleur d’affiches suffit pour mener à bien la réforme du service public de l’emploi !...
Le choix de l’expression « Faire l’économie » semble particulièrement adapté lorsqu’on se rappelle, mon cher Christian, que tu as demandé ( sans l’obtenir, d’après mes sources ) une modeste augmentation de 20% de tes émoluments pour ton nouveau poste à la tête de Pôle emploi.
Si je te reparle de cette pitoyable affaire qui te poursuivra à jamais comme une sale grippe cochonne, c’est parce que je suis en train de réaliser que tu ne perds pas la boussole sur tous les sujets et que tu n’es peut-être pas le gentil petit vieux que je me plaisais à imaginer.
Et que tu es vraisemblablement plus « Tatie Danielle » que « Papy Brossard »…
Preuve m’en a été donnée le 22 juillet dernier, donc, lorsque tu es venu pérorer sur RMC et Europe 1 avant de sûrement partir t’épancher sur les ondes de Radio Nostalgie.
Mon cher ( très cher, donc ) Christian, je ne te cacherai pas plus longtemps que j’ai été extrêmement choqué par les propos que tu as tenus, les arguments que tu as avancés, les termes que tu as employés et l’idéologie dominante que tu as complaisamment relayée.
Ce matin-là, les journalistes ne recevaient pas le responsable de Pôle emploi, fer de lance du service public de l’emploi, mais un homme politique en service commandé et en pleine campagne de réélection.
Christian, je te le dis tout net, je suis colère et mon indulgence à ton égard vient d’atteindre ses ultimes limites.
Car si je peux me montrer tolérant avec un incompétent qui manifeste de la bonne volonté, je me découvre impitoyable lorsque je me trouve en face d’un cuistre qui dirige Pôle emploi comme il managerait un petit Shopi de quartier et adopte le discours du pouvoir en place dans l’espoir de se voir confier la direction d’un hypermarché Casino…
Vous perdez de l’altitude…
Je te félicite, tu as prononcé tous les mots sésame, tous les mots-valises, tous les mots moisis qu’il faut placer lorsqu’on appartient à l’élite de la France qui gagne, de la France qui bouge, de la « France d’en haut » qui n’a de cesse d’escroquer intellectuellement celle « d’en Bas ».
« Y’a bon concurrence », as-tu expectoré dans un râle d’enthousiasme multi orgasmique.
Très exactement, tu as déclaré que « Stimuler la concurrence, se bouger un peu, ça permet d’aller plus vite et plus loin pour l’accompagnement des demandeurs d’emploi ».
Premièrement, je salue l’élégance qui consiste à confirmer à une opinion publique déjà toute convaincue que le personnel de Pôle emploi ne se bouge pas et n’en fout pas une rame, englué qu’il est dans son confort fonctionnarisé.
Deuxièmement, j’ai trouvé très habile le procédé consistant à essayer de rendre l’institution inefficace par le jeu d’une désorganisation programmée et de s’offusquer dans la foulée de cette prétendue inefficacité.
Troisièmement, je me suis demandé à la lecture de ton parcours professionnel ce que tu pouvais bien connaître de la concurrence. Je ne t’apprends pas que l’ENA ( Ecole Nationale d’Administration ) est la voie royale pour accéder sans effort aucun à un quelconque sous ministère ou à la tête d’une quelconque grande entreprise sous tutelle de l’Etat. Un poste généralement obtenu par relation, réseau, cooptation où l’effort concurrentiel consiste à fayoter auprès des personnes qui comptent afin d’écarter son camarade de promotion plus malchanceux.
Pas vraiment le versant le plus glorieux de la concurrence telle que tu en parles, tu en conviendras…
« Y’a bon secteur privé » as-tu enchaîné, faisant monter la température de quelques degrés dans le studio, obligeant l’animateur à se délester de son casque trempé des gouttes de sueur ruisselant abondamment le long de ses tempes.
Tu as donc décidé - je veux dire que l’on a décidé pour toi - de faire appel à des OPP ( Opérateurs Privés de Placement ) pour des raisons qui échappent à tout le monde, toi compris.
J’ai visionné l’enregistrement de l’émission et le moins que l’on puisse dire, c’est que tes explications étaient embarrassées, nébuleuses et peu convaincantes. Ce qui est logique lorsque l’on vient de confirmer que les études menées par tes propres services sur les expérimentations précédentes concluent qu’en terme de placement, le privé est plus coûteux et moins efficace que le public !
Il est vrai que Pôle emploi n’a pas vocation à tout faire, comme tu l’as si judicieusement indiqué. J’avoue que ça m’a troublé. Si la mission confiée à la nouvelle institution n’est pas justement de prendre en charge l’intégralité des demandeurs d’emploi, c’est qu’au fond elle n’a plus vocation qu’à ne rien faire et je me demande bien comment tu peux encore justifier la fusion.
Je pense qu’en garçon intelligent que tu es, le paradoxe ne t’a point échappé, ce qui explique tes contorsions physiques et dialectiques au moment de répondre…
Manquerait plus que tu manges le morceau en direct et que tu racontes que la fusion a pour but véritable de casser le service public de l’emploi au profit d’assurances privées !?…
« Y’a bon clients » as-tu fini par lâcher alors que le responsable de la programmation se renversait de seaux d’eau glacée sur le tête pour tenir le coup.
Je ne te remercierai jamais assez d’avoir enfin tombé le masque.
Jusqu’ici, cette propension diarrhéique à voir du client partout ne se retrouvait qu’au niveau de la communication interne, histoire de culpabiliser les salariés refusant d’accepter toutes les régressions sociales et tous les sacrifices pour lui donner satisfaction.
Les responsables de Pôle emploi n’osaient pas communiquer de cette façon vis-à-vis de l’extérieur, de peur bien légitime de se retrouver couverts de plumes et de goudron comme ils le méritent.
Tu as enfin franchi le Rubicon, petit César, je veux dire petit Christian, ta délivrance lexicale brutale ayant comme corollaire de te faire dégorger un florilège d’inepties encore plus velues que d’habitude…
- « Les clients de Pôle emploi, entreprises ou demandeurs d’emploi, ne paient pas nos services »
Voilà bien le genre d’affirmation taillée à la serpe que ne renierait pas un druide fracassé à la liqueur de chêne.
Il faut te réveiller, mon gars, tu n’es plus directeur de l’Anpe et je me permets d’abord de te rappeler que salariés tombés au chômage et entreprises ont déjà mis la main au portefeuille par le biais de cotisations obligatoires. Au titre de l’Assurance Chômage, peut-être ce dernier terme te dit-il vaguement quelque chose ?
De la même manière, je t’apprends - parce que ta méconnaissance des dossiers élémentaires fait peine à voir - que les chômeurs indemnisés se voient prélever une cotisation chômage sur le montant de leurs allocations.
Demandeurs d’emploi indemnisés ou non, il me semble par ailleurs que l’organisme leur a longtemps fait lourdement payer l’accès à nos services par le biais d’un 3949 surtaxé, situation dont il ne me semble pas qu’elle t’ait beaucoup préoccupée.
De toute façon, tu devrais participer de toute urgence à un séminaire d’humilité et de modestie avant de te rengorger avec nos services. Tant sur la partie placement que sur la partie indemnisation, je ne suis pas persuadé que les « services » que tu nous fais proposer soi-disant gratuitement correspondent véritablement à ceux qui sont souhaités…
- « Je n’aime pas le terme d’usager, ce n’est pas un beau terme »
Nonobstant le fait que tout le monde se fiche que tu présentes prochainement une thèse sur « L’esthétique et la sémantique en arrière-pays cathare au XIIème siècle », je ne peux que t’approuver.
Ce terme d’usager est franchement répugnant tant il est étroitement lié au concept de service public, tu te souviens, c’est le truc archaïque dont les personnes comme toi sont censées être les garantes.
On privilégiera utilement le terme si chic de « client » ( qui utilise les services d’une entreprise privée ), exact opposé de l’usager.
Je suis sûr que tu partages avec moi une tendresse irraisonnée pour les jolis mots comme « productivité », « plus-value », « benchmarking », peut-être « stock options » ( pour toi ) et que tu ne te tiens plus à la seule évocation du concept de « marchandisation de toutes les activités humaines ».
Bouge pas, avec une telle propension à l’hétérodoxie et une telle indépendance vis-à-vis de l’air pollué du temps, tu vas bien finir par le décrocher ton boulot de chef de rayon à Casino !...
- « Les clients de Pôle emploi (…) ne paient pas mais nous leur devons la même qualité de service que s’ils payaient »
Le sketch qui repousse les frontières du rire et oblige Mado la Niçoise à se reconvertir d’urgence.
Tu veux pouvoir continuer à escroquer les usagers la conscience tranquille maintenant qu’ils sont clients, c’est ça ?
Pour ton information, Christian ( puisqu’il semble que l’on te cache tout dans cette boutique ), il y a déjà longtemps que la qualité de service n’existe plus vraiment, savamment érodée à coup de stratégies absconses, de centralisme bureaucratique, de sous-traitance d’activités sensibles, de politiques RH de sous-effectif et de non formations, d’organisations désorganisées qui ne satisfont ni les clients usagers ni les personnels.
Le véritable service n’est plus assuré que par l’action individuelle de conseillers qui se cachent pour désobéir quotidiennement aux consignes absurdes qui ne correspondent pas à l’idée qu’ils se font de leur mission, véritables poches de résistance qui gangrènent de l’intérieur un système uniquement préoccupé de quantité et de rentabilité.
La situation n’est pas nouvelle, je te le concède, il y a longtemps que les dirigeants à l’œuvre à la tête d’organismes remplissant des missions de service public ont promu la médiocrité de service au rang d’art de vivre et de travailler.
Dès qu’ils ont commencé à parler de qualité de service, en fait…
Dès qu’ils ont commencé à parler de « clients », justement…
Va savoir s’il n’y a pas comme un vague rapport… !
« Y’a bon démagogie » as-tu fini ta prestation alors que ta carte du Medef commençait à roussir dans l’immeuble en flammes.
Comme tout bon politique qui se respecte, tu t’es senti obligé de te prétendre réceptif aux doléances du petit peuple à l’occasion d’un épisode qui me permet de te décerner la médaille grand or de la démagogie ( celle avec les feuilles de laurier qui encerclent le pipeau ).
En effet, suite à la question d’une auditrice exposant un problème auquel tu n’avais pas compris un traître mot, tu as déballé à l’antenne ton adresse mail personnelle afin qu’elle puisse te contacter directement.
Tu vois, Christian, le 3949 marche tellement bien que les demandeurs d’emploi en sont réduits à composer le 3216 ( ligne RMC ), avec un point commun, la personne n’a pas eu son renseignement.
Bon, c.christian@pole-emploi.fr, c’est noté.
Peu importe que cette adresse électronique soit bidon car gérée en fait par ta cellule « communication » qui s’empressera de refiler la patate chaude au site dont dépend l’internaute avec pression garantie…
Une adresse donnée sur les ondes par l’intéressé lui-même devenant automatiquement une information publique, je me charge de la communiquer à tous les usagers qui manifesteront un quelconque mécontentement quant à l’organisation misérable que tu leur imposes.
Je connais une boîte mail qui ne va pas tarder à entrer en surchauffe !...
Allô Papa Tango Charpy…
Tu me reçois toujours ?
La tour de contrôle te signale qu’elle ne te lâchera pas tant que tu apparaîtras sur les écrans bobards.
Tu pourras toujours aller te cacher dans le Triangle des Bermudes, elle restera vigilante à dénoncer toutes tes turpitudes…
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