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FORCE-OUVRIERE
Pôle
Emploi
POITOU CHARENTES
Je viens de terminer la lecture du document de travail intitulé « Dialogue de performance » élaboré par l’équipe de la nouvelle Déléguée régionale de Pôle Emploi Aquitaine, et j’ai trouvé ça positivement génial…
Déjà, rien que le titre, ça dégage les bronches…Pas question d’appeler ça par exemple « Modalités d’organisation du nouvel opérateur » qui présentait le grave défaut de rester dans les limites d’une humilité insupportable. Pas question de donner la première place au sous-titre « Réussir la fusion en Aquitaine » qui pour être exagérément ambitieux ne crevait pas assez le mur du ridicule.
Comme il semble à la mode de se la jouer comme un vendeur de bagnoles marron qui te vend une Simca 1000 au prix d’une Ferrari sous prétexte de peinture rouge métallisée, je soutiens farouchement le choix retenu, « Dialogue de performance », qui ne veut strictement rien dire mais peut impressionner dans une soirée mondaine…
« Dialogue » a été choisi pour sa connotation participative même si pour l’instant, malgré mes recherches, je n’ai pu identifier le moindre agent ayant été invité à donner son avis. Il semble plutôt s’agir d’une aimable causerie sur un coin de table entre Maryse Dagnicourt et Christian Charpy, en fin de banquet des anciens de l’amicale bouliste de Garges-les-Gonnesse…
J’imagine d’ici la scène…
« - Eh Martine, je veux dire Maryse, hips, si qu’on ferait l’organisation en Aquitaine avant que les cognacs arrivent ?
- Bonne idée, Chris, il reste justement un bout de nappe sans tache de vin, attention tu marches sur ma robe… »
« Performance » a lui été choisi parce que la prétention de ces gens-là ne connaît pas de bornes, à moins qu’il ne s’agisse d’humour involontaire.
Enfin bref, une fois qu’un quarteron de brainstormers parisiens se fussent bien gobergés aux frais du contribuable à l’occasion de quatorze séminaires de réflexion à Ibiza afin de nous pondre ce titre, ils sont allés postuler chez Nomen, l’agence coupable du pathétique « Pôle Emploi ».
Mais avant ils se sont attaqués au deuxième volet de leur cahier des charges…
Dénaturer l’esprit de service public censé guider - heureusement de moins en moins – les actions des deux organismes.
La bataille des idées se gagnant d’abord par celle des mots, ils ont commencé par élaborer un document type parsemé comme à l’habitude de phrases et concepts commerciaux délicieusement ignobles, charge aux différents Délégués régionaux de les décliner en proposant des plans d’action plus abjects les uns que les autres…
Un cadeau « spécial bassesse » étant attribué à celui ou celle qui cache le plus longtemps à son personnel que Pôle Emploi est une boîte destinée à faire du fric à n’importe quel prix en parlant de qualité d’offres de service et autres mensonges éhontés…
En Aquitaine, on a déjà compris que la seule performance recherchée était la performance financière…
Et l’objectif de toute une vie, l’obtention du fameux cadeau, le chien en peluche qui secoue la tête à mettre à l’arrière de la Safrane, s’éloigne dangereusement pour notre Déléguée régionale…
Son « Dialogue » est trop transparent : dans le cadre de nos relations avec les entreprises, il nous faut « améliorer notre part de marché » et « gagner des clients » en s’appuyant sur un diagnostic « élaboré à partir de la procédure proposée par la Direction du Marketing »…(page 6)
Tout est dit parce tout y est : l’idéologie du Dieu Marché (même s’il a du plomb dans l’aile ces temps-ci), la promotion du Dieu Client (qui sert seulement à justifier la dégradation des conditions de travail des salariés), la soumission au Dieu Publicité (lui-même toujours au service du marché)…
Alléché par tant de soumission au discours dominant, il a bien fallu que je me penche sur la façon
dont il est prévu de faire du pognon « mettre en œuvre une offre de service efficace pour tous nos clients… »
Notamment le « client demandeur d’emploi »…
Et là, je suis tombé sur un autre dieu, le Dieu des dieux, le DGU (Dieu Guichet Unique), paré de toutes les vertus magiques ! Rendez-vous compte, à lui seul, il va contenir la montée du chômage, permettre de créer des emplois par millions, éradiquer la faim dans le monde, terrasser le virus de la variole une bonne fois pour toutes et vous servir un café s’il lui reste du temps…DGU, Du Grand Ubu !...
J’ai positivement adoré cette mesure révolutionnaire qui permet aux uns de marcher sur l’eau et aux autres de marcher sur la tête…
Entendons-nous bien, j’ai toujours pensé que la possibilité pour un demandeur d’emploi d’enchaîner
l’inscription (Assedic) et l’entretien (ANPE) sur un même lieu présentait un réel intérêt pour lui, sauf que :
- Je n’ai jamais bien compris en quoi le fait d’avoir un entretien dans les 5 minutes créait miraculeusement une
offre d’emploi qui n’aurait pas pu exister en cas d’entretien dans les trois jours
- Je n’ai jamais admis l’argument invoqué du confort du demandeur d’emploi quand dans la foulée on n’hésite pas à le
forcer à se déplacer pour de multiples entretiens de suivi sans intérêt (que ce soit à l’ANPE ou à l’Assedic)
Alea Blabla Est, « à fin décembre 2009, la totalité du territoire aquitain sera organisé en guichets uniques, certains avec une réciprocité de service » (page 7), phrase assez nébuleuse qui indique juste que l’impréparation, l’absence de réflexion de fond et l’approximation sont les maître-mots de la nouvelle direction, ce qui ne surprendra personne…
Mais puisqu’il faut faire n’importe quoi, autant commencer de suite, et le premier trimestre 2009 « permettra d’installer dans chaque site, mixte ou pas, un accueil commun » (page 16).
En décodé, cela signifie qu’un animateur (agent ex-ANPE ou ex-Assedic) répondra, ou plutôt sera bien incapable de répondre, au tout-venant…
Heureusement que la politique de renvoi sur des outils télématiques insatisfaisants permettra « de réinvestir le temps libéré sur les entretiens, le suivi des demandeurs d’emploi et les contacts entreprises » (page 20).
Des entretiens pour n’avoir à proposer que quelques miettes d’emploi, des contacts entreprises pour les supplier de se laisser arroser afin qu’elles daignent proposer un CDD à temps partiel ? Quel programme, je biche !
Avant d’en arriver au Référent Unique chargé de fournir l’intégralité des prestations grâce à des formations adéquates et largement suffisantes, jugez-en :
Trois jours pour ingurgiter les règles de base de l’indemnisation pour les ex-ANPE, je pouffe…
Sept jours pour assimiler les règles de base du placement pour les ex-Assedic, je me marre…
Avec des formations complémentaires qui se feront au fil de l’eau lorsqu’on aura le temps de les dispenser, c'est-à-dire jamais…
Difficile pour la nouvelle direction de mieux avouer qu’elle est incapable de proposer autres chose que des services « de base » à ses clients chéris, sa déconnexion totale de la réalité et son peu d’intérêt pour les besoins réels la poussant à raisonner sur le mode de la pure croyance en un désormais « Révérend » unique…
J’ai été conquis par une telle perspective de médiocrité de service…
Incidemment, j’ai noté qu’un volet était quasiment ignoré dans le listing des courses des missions à remplir, celui de l’indemnisation…Une ligne, une simple allusion de temps en temps, une simple formalité visiblement, à se demander ce que faisaient des centaines de salariés de l’Assedic depuis cinquante ans…
Parce que contrairement à ce que l’on peut entendre ici ou là, « liquider » un dossier est un poil plus complexe que simplement « appuyer sur un bouton », car encore faut-il savoir lequel et quand…
Et attention de ne pas faire l’erreur de penser que le problème de l’indemnisation est un sujet anecdotique. Un demandeur d’emploi ne peut s’investir dans une recherche d’emploi que s’il a été au préalable rassuré quant à sa situation financière et on ne changera pas parce que ça nous arrange ses ordres de priorité…Une cadresse ( oui, je me l’offre ) de l’ANPE clamait récemment que les demandeurs d’emploi ne se préoccupaient pas de leur indemnisation, incapable de comprendre que c’est parce que le problème avait été réglé en amont par l’Assedic…
Avec le bordel généralisé qui se prépare qui va voir tout le monde faire un peu de tout et surtout beaucoup de rien, on pourrait reparler rapidement de ce sujet…
Même si la direction a plusieurs solutions miracles pour pallier les difficultés à venir, je me réjouis de vous les dévoiler ici.
D’abord il semble qu’elle soit positivement obsédée par les horaires d’ouverture, dramatiquement restreints, tu penses, seulement 35 heures d’ouverture physique, une trentaine d’ouverture téléphonique, quelques heures de visio-guichets, une ouverture « courrier électronique » 24h/24, ça ne lui suffit apparemment pas et elle ne va pas tarder à envisager des nocturnes, la fameuse ouverture « en profondeur » annoncée, si tu vois un peu à quel niveau tu vas la sentir passer…
Ne reculant devant aucune dégradation des conditions de travail de ses personnels qui en ont pourtant déjà plein la phrase précédente, la nouvelle direction nous annonce sans rire la disparition du poste de travail attitré, sûrement pour travailler mieux, cela en contradiction flagrante avec les propos tenus par la Délégation générale dans les questions / réponses du 27/10/08, qui indique qu’il n’y aura pas de « nomadisme généralisé »…
A ma connaissance, beaucoup des personnels de l’ANPE espéraient de la fusion la possibilité de retrouver des conditions de travail décentes, avec un truc fou comme un bureau individuel attitré permettant d’avoir quelques repères et un confort de travail minimal…
Je ne contiens plus mon admiration pour la Déléguée régionale qui a décidé toute seule comme une grande de généraliser le système du bureau nomade.
Elle s’engage quand même courageusement à ce que l’agent puisse disposer d’un bureau individuel pour l’accueil d’un demandeur d’emploi (moi qui avais prévu de le recevoir assis sur la photocopieuse du hall) et sur la mise en place d’un isolement phonique (Madame est trop bonne, mais j’avais déjà prévu de communiquer par signaux de fumée) !
A ce niveau-là se pose quand même un léger problème, fillette… Nous disposons encore d’un CHSCT souverain qui a signé la Charte de lutte contre l’esclavage et qui a son mot à dire pour refroidir les ardeurs des passionarias de la rationalisation des espaces sur le dos de la santé psychique des salariés !
Rions encore un peu avec les coupes sombres qui se profilent dans l’effectif management Assedic et ANPE…Pas de panique, les gars, les managers resteront managers, promis, juré, craché ! « Manager un jour, manager toujours ! », fière devise qui se fracasse contre le mur des réalités avec la diminution programmée des sites à encadrer. Heureusement, plein de plate formes vont être créées afin de recaser les nouveaux surnuméraires, ce qui rassure bien…Je vois bien un manager du pôle « recyclage des documents non broyables » ou bien un chef d’équipe du pôle « gestion des extincteurs des PME en zone rurale »…A moins que tous les heureux perdants du grand jeu de chaises musicales qui se prépare se voient proposer une reconversion dans la surveillance des autres salariés, il me tarde notamment de voir des managers surveiller d’autres managers…Il ne va pas manquer de travail et d’opportunités d’évolution de carrière gratifiantes, que diable ! Les encadrants ne semblent pas spécialement inquiets pour l’instant, je les en félicite et les encourage à conserver cette saine placidité, quoique s’ils ne s’affolent pas rapidement ça pourrait leur faire drôle, très drôle, et très vite…
Aussi drôle que le plan d’action RH ( Rien d’Humain ) envisagé pour faire face aux problèmes qui se posent, je les rappelle en vrac : organisation fonctionnelle inexistante, personnels chargés d’exercer des activités qu’ils ne maîtrisent aucunement, occultation de la problématique indemnisation et suivi des paiements, formations multiples et variées qui vont faire des trous dans les plannings de production, accroissement de la charge de travail dû à la montée du chômage et la prise en compte de nouvelles populations ( dispensés, RSA, chômeurs non indemnisés, plan jeunes, plan vieux …), lutte contre la discrimination, j’en oublie…
Ajoutons que la fusion ne permet même pas de se débarrasser – il est même à craindre que cela s’amplifie – de différentes inutilités ( telles que mises en œuvre ) comme la politique qualité ( rires ), les audits… qui présentent l’intérêt incomparable de faire perdre du temps à tout le monde en pure perte et de rappeler à tous les salariés que leur employeur est le maître de leur activité, leur corps et leur âme, bref que leur citoyenneté s’arrête aux portes de l’entreprise…
Après cet inventaire à la Prévert quelque peu motivant, je me suis précipité page 28 (« Volet emploi 2009 ») afin de prendre connaissance du plan d’action « ressources » que je prévoyais déjà pharaonique au regard de la masse des charges à absorber…
Je n’ai pas été déçu !
Le plan d’action, c’est…15 CDD supplémentaires !
J’ai lu et relu plusieurs fois. J’ai pensé le réécrire mais j’ai constaté que le nombre restait le même…
Quand on vous disait que la fusion serait ambitieuse ou ne serait pas !...Décidemment, Pôle Emploi travaille pour le retour à l’emploi mais ne donne jamais l’exemple…Ce qui en dit par ailleurs long sur ses véritables préoccupations…
J’ai jubilé jusqu’à la fin…Page 32, la nouvelle direction nous fait le coup du volet social, il était temps, c’est l’avant-dernière page, juste avant le budget 2009 et les remerciements à l’imprimeur…
Sur le mode « Voyons, voyons, qu’est-ce qui pourrait éventuellement poser problème dans mon plan grandiose » ?
Les problématiques de conditions de travail (que l’on s’apprête à dégrader sauvagement) sont évacuées en une demi-ligne, les risques de pertes de motivation des équipes (dues à une organisation indigne) sont vaguement envisagées et au final on a identifié 3-4 lignes de difficultés (purement hypothétiques) après avoir crée 33 pleines pages de problèmes…
C’est du grand art et on sent bien que notre « Y’a qu’à » régionale a potassé à fond son sujet !
Heureusement, elle nous a rassuré d’emblée : « Un dialogue social de qualité est une condition de réussite de la fusion », qui après enquête s’avère faire partie du recueil de blagues utilisées par Sylvie Joly dans ses sketches…
La définition d’un dialogue de qualité étant bien entendu celui qui voit les interlocuteurs se pâmer d’admiration devant les innovations génialement visionnaires de la direction…
« Dialogue de performance »…J’ai tout lu, les larmes me montent aux yeux de bonheur et je pense à la citation de Michel Audiard :
“Il y aurait trois méthodes sûres pour ruiner une affaire qui marche: les femmes, le jeu ou les technocrates... Les femmes, ce serait le plus marrant; le jeu, le plus rapide; les technocrates, le plus sûr.”
Dans notre cas, il me semble que nous cumulons les trois possibilités !
Ce pied !...
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